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Hygiène & Assainissement

Légionellose en milieu de travail : prévention et contrôle

La légionellose (maladie du légionnaire) est une infection pulmonaire transmise par les aérosols d'eau contaminée. Les tours de refroidissement et réseaux d'eau chaude sont les principales sources de contamination en milieu professionnel.

IICP HSE Academy Publié le 18 octobre 2026 5 min de lecture 4 vues
Légionellose en milieu de travail

Légionellose en milieu de travail : prévention et contrôle

La légionellose est une infection pouvant provoquer une pneumonie grave. Elle se transmet principalement par l’inhalation de fines gouttelettes d’eau contaminée. Les tours de refroidissement, les réseaux d’eau chaude et certaines installations produisant des aérosols peuvent constituer des sources d’exposition professionnelle.

La légionellose, également appelée maladie du légionnaire dans sa forme pulmonaire, est une infection causée par des bactéries du genre Legionella, notamment Legionella pneumophila. Elle peut provoquer une pneumonie sévère et représenter un risque pour les travailleurs exposés à des aérosols d’eau contaminée.

La prévention repose sur une conception adaptée des installations, leur entretien régulier, la maîtrise des conditions favorisant la prolifération bactérienne et une surveillance proportionnée aux risques.

1. Définition et agent pathogène

Les bactéries du genre Legionella sont présentes naturellement dans les milieux aquatiques, notamment les lacs et les rivières. Elles peuvent également coloniser les installations artificielles contenant de l’eau.

Leur multiplication est favorisée par certaines conditions, notamment :

  • Une température de l’eau généralement comprise entre 20 et 50 °C, avec une croissance particulièrement favorable autour de 35 °C.
  • La stagnation de l’eau et les zones où la circulation est insuffisante.
  • La formation de biofilms sur les surfaces en contact avec l’eau.
  • La présence de dépôts et de tartre susceptibles de favoriser leur développement.
  • Une maintenance ou une désinfection insuffisante des installations.

La présence de légionelles dans un réseau ne signifie pas systématiquement qu’une personne sera infectée. Le risque dépend notamment de la concentration bactérienne, de la production et de la dispersion des aérosols ainsi que de la sensibilité des personnes exposées.

2. Sources de contamination en entreprise

Les installations susceptibles de présenter un risque comprennent notamment :

  • Les tours aéroréfrigérantes : utilisées dans certains systèmes industriels de refroidissement et de climatisation, elles peuvent disperser des aérosols dans l’air.
  • Les réseaux d’eau chaude sanitaire : les douches, les robinets et les autres points de distribution peuvent produire des gouttelettes susceptibles d’être inhalées.
  • Les bains à remous et certains équipements de balnéothérapie : lorsque les conditions d’exploitation et d’entretien favorisent la contamination.
  • Les humidificateurs et certains dispositifs utilisant de l’eau : lorsqu’ils produisent des aérosols contaminés.
  • Certaines installations techniques et équipements de soins : selon leur conception, leur utilisation et les mesures de maîtrise du risque.

Les risques varient selon les caractéristiques de chaque installation. Une évaluation doit donc identifier les équipements concernés, les conditions de fonctionnement et les voies possibles de dispersion des aérosols.

3. Voies de transmission et symptômes

La contamination se produit principalement par inhalation d’aérosols contenant des légionelles. Ces aérosols peuvent être générés par des douches, des systèmes de refroidissement ou d’autres équipements utilisant de l’eau contaminée.

L’infection peut également survenir par aspiration d’eau contaminée dans les voies respiratoires, notamment chez certaines personnes vulnérables.

La transmission directe d’une personne à une autre n’est pas considérée comme une voie habituelle de propagation.

Pour la maladie du légionnaire, la période d’incubation est généralement de 2 à 10 jours. Les symptômes peuvent comprendre :

  • Une fièvre élevée et des frissons.
  • Une toux, parfois accompagnée de difficultés respiratoires.
  • Des douleurs musculaires et des maux de tête.
  • Une fatigue importante.
  • Dans certains cas, des troubles digestifs ou une confusion.

La légionellose peut évoluer vers une pneumonie grave. Une personne présentant des symptômes compatibles après une exposition potentielle doit consulter rapidement un professionnel de santé et signaler les circonstances de cette exposition.

4. Mesures de prévention technique

La prévention doit être adaptée à la nature des installations et aux risques identifiés. Elle vise à limiter la prolifération des légionelles et à empêcher la dispersion d’aérosols contaminés.

Maîtrise de la température

La gestion des températures constitue une mesure importante dans les réseaux d’eau chaude et d’eau froide. Les consignes doivent être définies en fonction de la conception du réseau, de son usage, des risques identifiés et des exigences applicables.

Les températures de stockage, de distribution et d’utilisation ne doivent pas être confondues. Une consigne thermique ne peut pas être appliquée indistinctement à toutes les installations.

Les interventions destinées à modifier la température de l’eau doivent également tenir compte du risque de brûlure et prévoir les protections nécessaires.

Entretien et nettoyage

Les opérations d’entretien doivent comprendre, selon les caractéristiques de l’installation :

  • Le nettoyage des équipements et des surfaces concernées.
  • L’élimination des dépôts et du tartre lorsque cela est nécessaire.
  • La maîtrise des biofilms.
  • La vérification des dispositifs de traitement de l’eau.
  • Le contrôle du bon fonctionnement des installations.
  • La gestion adaptée des arrêts prolongés et des remises en service.

Les tours aéroréfrigérantes nécessitent une attention particulière, car elles peuvent diffuser des aérosols dans l’environnement.

Désinfection et traitement de l’eau

Différentes méthodes peuvent être utilisées selon l’installation, notamment certains traitements thermiques ou chimiques. Le choix dépend de l’évaluation du risque, de la compatibilité des matériaux, de la qualité de l’eau et des exigences techniques applicables.

Les produits biocides doivent être utilisés selon les prescriptions du fabricant et les règles de sécurité. Les opérations de désinfection doivent être réalisées par des personnes compétentes, avec des mesures de protection adaptées.

Aucune méthode de traitement ne garantit à elle seule l’absence de risque si la conception, la maintenance et les conditions d’exploitation restent inadaptées.

Conception des réseaux

Une conception appropriée contribue à réduire les conditions favorables à la prolifération bactérienne. Il convient notamment de :

  • Limiter les bras morts et les zones de stagnation.
  • Favoriser une circulation d’eau adaptée.
  • Faciliter l’accès aux équipements pour leur nettoyage et leur entretien.
  • Prévoir des dispositifs appropriés pour limiter la dispersion des gouttelettes lorsque cela est nécessaire.
  • Réduire les risques liés aux arrêts prolongés et aux redémarrages.

5. Surveillance et analyses microbiologiques

La surveillance doit être définie en fonction du type d’installation, de son niveau de risque, de son utilisation et des exigences réglementaires applicables.

Elle peut comprendre :

  • Le suivi des paramètres de fonctionnement, notamment la température.
  • La vérification des opérations de nettoyage et de maintenance.
  • Le contrôle des traitements appliqués à l’eau.
  • Des prélèvements et analyses microbiologiques lorsque l’évaluation du risque ou la réglementation le justifie.
  • La traçabilité des interventions, des résultats et des actions correctives.

La culture microbiologique permet notamment de rechercher des légionelles viables. Les méthodes moléculaires, telles que la PCR, peuvent également apporter des informations, mais leurs résultats ne sont pas directement interchangeables avec ceux de la culture. La méthode à employer doit être déterminée selon l’objectif de l’analyse et les exigences applicables.

En cas de résultat préoccupant, les mesures à prendre doivent être définies par des personnes compétentes : vérification du résultat, investigation de l’installation, traitement correctif et, si nécessaire, restriction de l’utilisation ou arrêt de la dispersion des aérosols.

6. Cadre réglementaire : France et Maroc

En France

L’arrêté du 14 décembre 2013, relatif aux installations classées utilisant des systèmes de refroidissement par dispersion d’eau dans un flux d’air, établit des prescriptions spécifiques pour certaines installations relevant de la rubrique 2921 de la nomenclature des installations classées.

Selon le régime applicable, ces prescriptions peuvent notamment porter sur l’analyse des risques, les plans d’entretien et de surveillance, les prélèvements, les analyses de Legionella pneumophila et les mesures à prendre en cas de dépassement de certains seuils.

Cet arrêté concerne les installations entrant dans son champ d’application. Il ne doit pas être présenté comme une règle générale applicable à tous les bâtiments ou à tous les réseaux d’eau.

Au Maroc

Le Code du travail marocain (loi n° 65-99) constitue un cadre général pour la santé et la sécurité au travail. Toutefois, les obligations précises applicables à la prévention de la légionellose doivent être déterminées à partir des textes nationaux en vigueur et des caractéristiques de l’installation concernée.

Il n’est pas possible d’affirmer, sans référence réglementaire précise, que toutes les entreprises marocaines doivent effectuer des analyses périodiques de légionelles selon une fréquence uniforme, ni que l’ONEE impose cette obligation à toutes les installations professionnelles.

Les responsables d’établissements doivent identifier les prescriptions applicables à leur secteur et à leurs équipements auprès des autorités compétentes et des professionnels qualifiés.

7. Application pratique dans les entreprises marocaines

Dans les hôtels, les établissements de santé, les complexes industriels et les autres bâtiments comportant des installations à risque, une démarche documentée de maîtrise du risque peut contribuer à renforcer la prévention.

Cette démarche peut inclure :

  1. L’inventaire des installations : identifier les réseaux d’eau chaude, les tours de refroidissement et les équipements susceptibles de produire des aérosols.
  2. L’évaluation des risques : repérer les zones de stagnation, les conditions thermiques défavorables, les défauts de maintenance et les possibilités de dispersion.
  3. Le programme d’entretien : définir les opérations de nettoyage, de contrôle et de maintenance adaptées à chaque installation.
  4. La surveillance : fixer les paramètres à suivre et déterminer si des analyses microbiologiques sont nécessaires.
  5. La gestion des anomalies : prévoir les mesures correctives à appliquer en cas de dysfonctionnement ou de résultat préoccupant.
  6. La formation du personnel : informer les personnes chargées de l’exploitation et de la maintenance des risques, des procédures et des protections nécessaires.
  7. La traçabilité : conserver les résultats, les interventions et les décisions prises conformément aux exigences applicables.

Cette démarche constitue une recommandation de prévention. Son contenu et son caractère obligatoire doivent être adaptés aux textes applicables à chaque établissement.

Conclusion

La prévention de la légionellose en milieu professionnel repose sur la maîtrise des installations hydriques, l’entretien régulier, la réduction des conditions favorisant la prolifération bactérienne et la limitation de la dispersion des aérosols.

Les mesures de température, de désinfection et d’analyse doivent être adaptées à chaque installation. Les prescriptions françaises ne sont pas automatiquement applicables au Maroc, où les obligations doivent être vérifiées à partir des textes nationaux en vigueur.

Sources et références

  1. Organisation mondiale de la Santé (OMS) — Légionellose
    https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/legionellosis

  2. INRS — Légionellose : exposition professionnelle et prévention
    https://www.inrs.fr/publications/bdd/eficatt/fiche.html?refINRS=EFICATT_L%C3%A9gionellose

  3. France — Arrêté du 14 décembre 2013 relatif aux installations de refroidissement relevant de la rubrique 2921
    https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000028375083